Donald J. Savoie, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en administration publique et en gouvernance à l’Université de Moncton, tire la sonnette d’alarme concernant la perte de confiance des citoyens envers les institutions publiques canadiennes, en particulier celles du gouvernement fédéral. Son analyse, basée sur l’écriture d’un livre sur la défiance envers les services publics, met en évidence plusieurs problématiques majeures qui fragilisent la gestion des ressources et la transparence gouvernementale.
Selon Savoie, la centralisation excessive du pouvoir au niveau fédéral et la complexification de l’État ont entraîné une impuissance des ministres à répondre efficacement aux questions et aux préoccupations citoyennes, notamment dans des secteurs clés comme la pêche, l’éducation ou la santé. Par exemple, le ministre des Pêches et Océans doit souvent consulter plusieurs autres ministres pour répondre à une simple interrogation parlementaire, ce qui dilue la responsabilité et accentue le sentiment d’inefficacité.
Ce phénomène de déconnexion croissante est illustré par un rapport de l’institut Angus Reid de 2022, révélant que seulement 55 % des répondants sont satisfaits des services du gouvernement fédéral, une baisse notable comparée aux services provinciaux. La gestion de plus de 300 organismes et de 400 000 fonctionnaires rend la gouvernance complexe et difficile à gérer, notamment en ce qui concerne la surveillance, l’évaluation des programmes et la transparence.
Le gouvernement canadien a également fortement accru ses embauches : en 1965, il comptait 140 000 employés, alors qu’aujourd’hui ce chiffre dépasse 357 000, sans compter les militaires et autres agents. Cependant, cette croissance pose le problème du licenciement des employés inefficaces, car la peur de la surveillance et la lourdeur administrative rendent toute décision difficile.
Les impacts de cette impuissance se manifestent concrètement, notamment dans la frustration grandissante des pêcheurs des Maritimes, qui dénoncent une gestion opaque des ressources naturelles et une prise de décision centralisée excessive, parfois à des milliers de kilomètres de leur réalité locale. Certaines actions, comme la mise en place de journaux de bord électroniques, ne convainquent pas toujours tous les professionnels, accentuant la divergence entre la gestion gouvernementale et les besoins du terrain.
Face à cette situation, Donald Savoie insiste sur l’urgence de repenser en profondeur le modèle d’imputabilité. Il souligne que, sans réformes structurelles, la défiance publique ne fera qu’augmenter, pouvant même conduire à des comportements extrêmes, tels que la justice par soi-même. Il appelle à une réflexion collective pour aborder ces enjeux de gouvernance, avec la nécessité de restaurer la transparence, simplifier la gestion des ressources et renforcer la responsabilité des responsables politiques.
En conclusion, l’analyse de Savoie met en lumière que la crise de l’imputabilité n’est pas une fatalité, mais un défi majeur que le Canada doit relever rapidement. La confiance dans les institutions publiques est en jeu, et le réveil doit passer par une série de réformes audacieuses et urgentes pour retrouver une gouvernance responsable et à l’écoute des citoyens.




